Interview d'un spécialiste en géothermie [2ème partie]

Le coin des pros - Interview - Mardi, 14 Août - 17:34

 

 Dans la première partie de cet Interview, Christian MOLLEINS est revenu sur son parcours professionnel et sa spécialisation, le transfert des fluides. Il est temps d'aborder avec lui des questions plus pratiques, telles que l'installation des pompes à chaleur, ou les possibilité de couplage des différents systèmes de chauffage...

 

 

Proposez-vous des solutions de couplage PAC + solaire ?

 

Oui, j’ai déjà effectué ce type d’installation, le plus souvent quand l’un des deux systèmes est déjà présent sur le site concerné. Coupler la pompe à chaleur à des panneaux solaires est une solution intéressante : cela permet de réguler le système solaire, de le rendre plus efficient et surtout de l’adapter aux besoins du moment.

C’est donc une stratégie judicieuse, qui permet de pallier le problème que l’on rencontre très souvent avec le solaire : en mi-saison ou en hiver il s’avère insuffisant, et à l’inverse, il produit de l’énergie au-delà des besoins en été.

 

 

Comment fonctionne un système de pompe à chaleur couplé à des panneaux solaires ?

 

Shématiquement, les systèmes fonctionnent de façon conjointe. L’hiver, la PAC produit de l’énergie et vient relayer le solaire. En été, quand le solaire produit trop d’énergie, on trouve des moyens pour la réutiliser intelligemment: par exemple, nous pouvons récupérer les calories produites par le solaire pour chauffer une pisicine. Pas de gaspillage !

 

 

Existe-t-il d’autres solutions de couplage ? Peut-on par exemple associer différents systèmes de PAC ?

 

Oui, cela peut être intéressant en fonction du chantier sur lequel on va travailler. Il arrive que l’on installe des systèmes « mixtes » lorsque les ressources en eau sont insuffisantes ou quand la surface du terrain et trop faible. Dans ce cas, on combine les calories captées dans l’air avec celles prises dans un réseau liquide. On aboutit donc à un système mixte fonctionnant grâce à la géothermie et l’aérothermie.

 

 

Quels conseils donneriez vous à une personne qui souhaite installer une pompe à chaleur ?

 

Vérifiez dans un premier temps la qualité de vos émetteurs ! A ce niveau, j’essaied’être le plus transparent possible avec ma clientèle, de leur faire comprendre quelque-chose de capital :  on se focalise souvent sur le producteur de chaleur, c'est-à-dire le type de pompe, la marque, etc… mais on oublie souvent un paramètre, spécifique aux pompes à chaleur : à savoir que le rendement de l’installation est très fortement impacté par les émetteurs de chauffage qui se trouvent à l’arrivée.

 

Si on me dit « je veux une pac, mais j’ai des radiateurs qui ont besoin de 70°C pour fonctionner », je répondrai que ce n’est pas la peine, le rendement de l’installation serait fortement impacté. Par conséquent, j’explique qu’un redimensionnement des radiateurs est nécessaire, voire un remplacement par des ventilo-convecteurs qui permettent d’obtenir un rendement optimal avec des températures plus basses. On a souvent autant à gagner en mettant des bons émetteurs qu’en choisissant la bonne énergie au primaire.

 

 

Quel est votre avis sur les chaudières à condensation ?

 

C’est un bon produit, mais je remarque souvent un problème lors de l’installation. Trop peu de gens se soucient de savoir à quel régime de température fonctionne leur circuit de chauffage. C’est pourtant un point essentiel : si la température du circuit est trop importante, la chaudière à condensation ne pourra pas condenser… ce qui enlève tout de même une bonne part de l’intérêt de la chaudière à condensation !

 

Le comble, c’est que j’ai souvent vu ce cas de figure sur le terrain. Les gens ne sont pas suffisamment conseillés, il se lancent à corps perdu dans leur installation, et se retrouvent avec des chaudières à condensation qui travaillent avec des régimes de température trop élevé : c’est tout l’intérêt du système qui est réduit à néant !

 

 

Avec quelles marques avez-vous l’habitude de travailler ?

 

Cela va dépendre de la configuration du chantier, mais la plupart du temps, j’installe des pompes à chaleur eau-eau Hitachi ou des ROSS pour l’aérothermique.

Les ROSS présentent 3 avantages :

- Leur gamme va de quelques kilowatts à des milliers de kilowatts, on a vraiment un large panel de puissance. Cela permet de répondre présent sur des configurations qui nécessitent des puissances élevées.

 

- Leur rendement est excellent, j’ai pu le constater dans la pratique et sur la durée.

 

- Elles présentent un excellent rapport qualité-prix. Ce sont des pompes qui disposent d’une vraie armoire électrique et de bons composants. Etant donné que la qualité de la construction est au rendez-vous, il est très rare que l’on sollicite le service après-vente.

 

Quant aux PAC Hitachi, elles ont globalement une qualité de fabrication similaire aux ROSS. Ce sont d’excellentes PAC eau-eau, et l’assistance technique de la marque est toujours très réactif et compétent.

 

 

Mais au-delà de la marque, la qualité de l’installation est également très importante…

 

Oui, c’est indéniable. Mais ne sous estimons pas l’importance du choix du matériel pour autant. Certaines marques sont totalement obsolètes, d’autres performantes. Il faut avoir le courage de chercher les informations sur les produits. Quand on vous parle de databoucles sur les machines japonaises, vous n’avez pas d’autres solutions que de prendre les manuels et vous pencher sur la question : c’est le seul moyen d’être réellement compétent est de pouvoir conseiller la clientèle dans les meilleures conditions.

 

 

Votre travail implique donc une veille du marché, des différentes technologies ?

 

Disons que j’essaie de connaître les différents produits et sutout de savoir comment ils sont fabriqués. J’estime que cela fait partie de mon travail. Quand on se penche sur le matériel, on a parfois des surprises…

 

Prenons l’exemple de la DAIKIN ALTERMAN, qui fait référence dans le domaine… En comparant les différents produits existants dans cette gamme, on s’aperçoit qu’un petit fabriquant français (dek) fait une machine aussi performante, bien plus simple et plus fiable, car elle comprend moins d’électronique. Grâce à cette réduction de l’électronique, on peut utiliser la même stratégie lors de l’installation, mais de façon complétement différente, plus simple.

 

Avec la Daikin, on est en présence d’une double PAC. Pourquoi cette technologie double ? Parce-que pour avoir une plage d’utilisation qui va de moins 20 à l’entrée pour ressortir à 80°C, on doit utiliser des gaz différents. Pour exploiter ces deux gaz différents, il faut deux compresseurs qui sont montés en série. Cela implique la présence d’échangeurs gaz gaz, d’un système de variation de fréquence… bref, une machine très élaborée.

 

Le Français a repris ce principe en le simplifiant : on obtient une machine aérothermique en air 134 comme daikin, mais avec une plage d’utilisation un peu moins ambitieuse. Le but est de passer simplement de -20 à +20°C.  Ensuite la PAC eau eau, récupère l’eau à 20°C et la monte à 80°C. On obtient finalement le même résultat qu’avec la PAC Daikin. C’est assez habile de la part de Dek : on joue donc avec les masses thermiques pour éviter d’équiper la PAC d’un variateur de fréquence et allourdir le fonctionnement de la machine. La régulation de la température devient plus simple à mettre en œuvre.

 

 

Pensez-vous que l’installation de PAC pour les maisons individuelles va se démocratiser ?

 

Ca serait logique, car il s’agit du seul système de chauffage qui permet de prétendre à 300, 400, voire 500% de rendement, alors que les autres parviennent péniblement à 120 ou 130% !

 

Certes, l’installation est plus coûteuse, mais c’est un système très efficace et facile à automatiser. Si vous partez en vacances, vous pouvez mettre la PAC en position « hors gel » et il n’y a aucun souci à se faire.  En plus, la pompe à chaleur n’entraîne quasiment aucune nuisance : pas de stockage ni de ramonage. C’est une technologie sans combustion, sans rejets. Et enfin, on peut dire que c’est une technologie qui a fait ses preuves : depuis que l’on a des frigos, on a des pompes à chaleur ! Je pense que la barrière reste malheureusement financière : beaucoup de gens hésitent à investir et gardent finalement leur système de chauffage, même s’il est obsolète et polluant.

 

 

En termes de financement, les incitations de la part du gouvernement (crédit d’impôt / éco prêt) sont -elles suffisantes ?

 

Le problème, c’est surtout l’incohérence qu’il y a eu dans la mise en place de ces différentes dispositions. Prenons l’exemple de l’éco-prêt à taux zéro : une année il a été cumulable avec les autres aides, l’année d’après c’était terminé ! Je pense qu’il faudrait tendre vers une plus grande régularité, une plus grande constance législative : comment se projeter dans le futur lorsque les règles changent sans arrêt ? Au 31/12, il est impossible de savoir ce qu’il va y avoir au premier janvier. Cette situation ne contribue pas à rassurer les particuliers qui veulent se lancer dans des travaux.

 

 

Et il faut ajouter à ces incertitudes législatives, le flou qui provient de la multiplication des différents labels...

 

C’est le moins que l’on puisse dire ! Il est clair que la multiplication des labels tue le label ! En plus, la majorité des labels sont de « vrais faux » labels ! Les professionnels labellisés achètent leur sésame…  Je ne vois vraiment pas l’intérêt de cette démarche du point de vue du consommateur. On pourrait facilement simplifier la question de la reconnaissance des compétences, rendre le cadre légal plus opérationnel.

 

Il existe aujourd’hui un examen d’état : le certificat d’aptitude frigorifique. Pourquoi ne pas s’appuyer tout simplement là-dessus ? Au lieu de multiplier des labels plus ou moins commerciaux, pourquoi ne pas créer un véritable diplôme professionnel, sur la base de ce certificat ? Cela permettrait de fixer des règles claires et communes, afin de mettre en place un socle de compétences minimum. 

 

Suite de l'interview à la rentrée ! Christian MOLLEINS nous exposera sa vision de la RT 2012 et du secteur du bâtiment à l'heure des grands enjeux environnementaux. 

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